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28 août 2026

Menabe : protéger, c’est aussi développer

28 août 2026

Menabe : protéger, c’est aussi développer

À Menabe Antimena comme à l’Allée des Baobabs, la conservation ne tient pas qu’aux pare-feu, aux patrouilles et à la restauration forestière. Elle passe aussi par les rizières, les ruchers, les kiosques artisanaux, les pépinières et les nouveaux circuits touristiques : autant de revenus qui, en soulageant la pression sur les ressources naturelles, transforment la protection des aires protégées en affaire commune.

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Quand on évoque Menabe, ce sont souvent les mêmes images qui reviennent : les feux, les défrichements, des forêts sous tension, des baobabs fragilisés par un climat qui se dérègle. Ces réalités lâ sont bien présentes et continuent de mobiliser l’essentiel des efforts de conservation. Il existe pourtant, en parallèle, un autre chantier — moins visible, tout aussi déterminant.

À Menabe Antimena et autour de l’Allée des Baobabs, protéger ne se limite pas à surveiller, empêcher ou reboiser. Il s’agit aussi d’offrir d’autres options aux familles qui vivent en lisière des aires protégées. Un ménage qui dépend moins de la forêt pour survivre cesse peu à peu de vivre la conservation comme une contrainte venue d’ailleurs ; elle devient une question de revenus, de stabilité, d’avenir.

Des revenus qui prennent racine

Diversifier les sources de revenus : l’objectif tient en une phrase, sa mise en œuvre demande plus de constance.

Dans l’Aire Protégée Menabe Antimena, 64 ménages sont accompagnés sur trois filières — riziculture, apiculture, aviculture, notamment l’élevage de poulet gasy — avec un appui qui va au-delà des formations : 80 kits apicoles, 80 kits agricoles, des arbres fruitiers distribués à 160 ménages.

Les chiffres, en trois ans, racontent une progression réelle même si elle reste modeste :

  • riziculture : de 120 000 à 400 000 Ariary de revenu annuel moyen par ménage
  • apiculture : de 50 000 à 250 000 Ariary
  • aviculture : de 25 000 à 140 000 Ariary

À l’Allée des Baobabs, huit kiosques artisanaux permettent à 37 ménages — 122 membres de l’association FIVOARANA — de vendre des produits malagasy aux visiteurs, pour un revenu mensuel moyen compris entre 400 000 et 631 471 Ariary par ménage bénéficiaire. Le passage des touristes cesse d’être une simple curiosité pour devenir une source de revenus concrète.

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Cultiver ailleurs pour mieux préserver

La pression agricole reste l’un des principaux défis de ces paysages protégés. À Andrenala Betrongo, 120 hectares de terres agricoles légales ont été attribués à 90 ménages, soit environ 2,5 hectares chacun — de quoi cultiver hors des zones sensibles.

Les premiers résultats sont encourageants : environ 2,5 tonnes de riz produites par ménage, dont une tonne pour l’autoconsommation et 1,5 tonne vendue, pour près de 1 800 000 Ariary de revenus. En donnant un cadre légal à l’agriculture, cette initiative réduit d’autant le recours aux pratiques les plus destructrices, à commencer par les cultures sur brûlis.

La restauration forestière génère elle-même des revenus : à l’Allée des Baobabs, la pépinière gérée par les patrouilleurs a produit 7 000 jeunes plants, vendus pour près de 7 000 000 Ariary — de quoi financer le reboisement tout en le nourrissant.

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Structurer les filières locales

Développer une activité ne suffit pas ; encore faut-il l’organiser. Autour du lac Kimanomby, à Menabe Antimena, une étude menée auprès de 786 ménages pêcheurs et 9 collecteurs, dans 3 fokontany, prépare la réorganisation de la pêche fluviale. Le poids économique de la filière est loin d’être anecdotique : 175 kg de production moyenne par ménage et par mois, environ 962 000 Ariary de revenu mensuel, soit près de 8 662 000 Ariary sur une campagne de neuf mois.

Le secteur privé y contribue aussi. Des conventions avec GSM, Akiba, Le Relais de Kirindy ou Jovena facilitent la commercialisation des produits locaux — deux accords avec Akiba permettent notamment à des associations communautaires de vendre miel, broderies, chapeaux et sacs à la boutique d’Akiba Lodge, à Marofandilia. À l’Allée des Baobabs, des accords similaires entre associations, communes et partenaires privés encadrent les activités économiques et la gestion des ristournes.

Le tourisme, une passerelle à organiser

Entre janvier et novembre, l’Allée des Baobabs a accueilli 56 753 visiteurs — un chiffre qui donne la mesure des retombées possibles quand un site aussi emblématique est bien géré.

À Menabe Antimena, le futur circuit écotouristique d’Ampataka, dont l’ouverture est prévue en 2026, se prépare déjà : trente pisteurs touristiques, dont huit femmes, ont été formés en juin 2025. Ils accompagneront les visiteurs et percevront un droit de guidage de 20 000 Ariary par personne. De quoi transformer une connaissance du territoire, jusque-là informelle, en compétence rémunérée.

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Une conservation qui tient aussi aux choses simples

Les feux, les pressions foncières et les activités illégales n’ont pas disparu, et Menabe reste un territoire qui exige une vigilance de tous les instants. Mais à côté de la surveillance, de la restauration et des pare-feu, une autre réponse prend forme : des revenus diversifiés, des terres légales, des filières mieux organisées, des partenariats plus solides, des infrastructures à renforcer — les forages à l’Allée des Baobabs, les ponts et radiers à Menabe Antimena — et une coordination plus étroite entre communautés, autorités locales, partenaires techniques et financiers, DRAE et secteur privé.

Protéger Menabe, ce n’est pas seulement sauver des arbres ou des espèces. C’est donner aux familles qui vivent autour de ces espaces une vraie place dans cette protection — et faire de la conservation, plus qu’un objectif, une responsabilité qu’on partage.

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