L’éducation environnementale est une activité qui a commencé à prendre son essor à partir de 2023. Une initiative qui, de prime abord, pouvait sembler en marge du champ d’intervention de Fanamby, mais en laquelle l’équipe d’Andrafiamena a cru fermement dès ses débuts. Deux ans plus tard, les résultats, plus qu’encourageants, viennent valider leurs convictions.Retour sur une réussite locale.
Une école comme les autres… en apparence
À Antsohihy Ambany, sur les bords de la route nationale 5a, se trouve une École Primaire Publique (EPP) que les équipes d’Andrafiamena affectionnent particulièrement. À première vue, il s’agit d’une école rurale ordinaire. Pourtant, en y passant un peu plus de temps, certaines différences sautent aux yeux : ici, l’école est devenue un lieu d’apprentissage par la pratique.

Tout commence dans la cour où y est entretenu un jardin potager. On y cultive des légumineuses et des plantes maraîchères, qui servent de supports pédagogiques. En cours de mathématiques, fini les exemples abstraits du type « Marie a acheté 20 pamplemousses ». Désormais, les exercices s’ancrent dans le réel : calculer la surface rectangulaire du jardin, effectuer des multiplications à partir des récoltes produites ou résoudre des problèmes concrets issus de l’environnement immédiat.
Dans les cours de français, les thématiques abordées évoluent également. Les élèves y apprennent à parler d’aires protégées, de biodiversité et de conservation, enrichissant à la fois leurs vocabulaires et leurs connaissances. Progressivement, l’environnement trouve sa place au sein des matières scolaires, intégré aux leçons et aux exemples, à petits pas certes, mais dans une bonne direction.




La nature comme salle de classe
L’apprentissage se prolonge aussi hors des murs grâce aux sorties vertes, que les élèvent appellent « sorties natures » affectueusement. Les élèves visitent l’aire protégée d’Andrafiamena Andavakoera, passant notamment par le site touristique d’Anjahankely. Ils y apprennent à reconnaître des plantes, à comprendre le cycle de l’eau ou encore à identifier des espèces de lémuriens.
Pour encadrer ces sorties, leurs « ainées » jouent un rôle de guide. Ce sont les KMT (les patrouilleurs communautaires) eux-mêmes qui transmettent leur savoir. Ils apprennent aux enfants à repérer les sources d’eau, partagent leur vécu en forêt et expliquent leur métier. Dès leur jeune âge, les élèves prennent ainsi conscience des pressions qui pèsent sur leur environnement.
Cet apprentissage prend d’autant plus de sens que l’école est située à proximité immédiate de l’aire protégée. En effet, à quelques kilomètres de l’école se dresse la chaîne montagneuse d’Andavakoera qui, associée à celle d’Andrafiamena, forme l’aire protégée Andrafiamena Andavakoera. Pour les élèves, cette sortie nature est une occasion de tisser un lien avec leur forêt, mais aussi, de mieux comprendre les efforts, en coulisse, qui engagent sa protection.
Vers l’autonomie des écoles
Sur le plan économique, le modèle porte ses fruits. Les jardins potagers produisent suffisamment de légumes pour alimenter les caisses scolaires. Ces revenus permettent l’achat de matériel pédagogique essentiel : craies, éponges, seaux, mais aussi de quoi réaliser des projets créatifs, comme la construction d’une carte de Madagascar en papier mâché. Une véritable prouesse pour une école en milieu rural.

De plus, d’autres initiatives sont désormais portées par les écoles elles-mêmes. Parmi elles, la création de pépinières scolaires composées de plants de bois-énergie et d’arbres fruitiers par une EPP à Andrafialava. Lancée cette année, cette activité implique les élèves dans le repiquage des plants et associe également les parents à leur achat et à leur promotion, renforçant ainsi l’autonomie financière des établissements.
Une reconnaissance institutionnelle
Ces succès n’ont pas échappé aux institutions. La Direction Régionale de l’Éducation Nationale (DREN) a salué ces efforts en s’impliquant personnellement lors de la Journée internationale de la biodiversité. Alors que, par le passé, chaque initiative nécessitait de lourdes procédures administratives, la démarche a cette fois été grandement facilitée. Mieux encore, le directeur s’est porté volontaire pour effectuer cinq heures de marche sur une piste particulièrement exigeante, afin de constater de visu le travail accompli et participer aux célébrations.

Collaborer avec les communautés locales pour préserver la biodiversité
Si les écoles d’AntsohihyAmbany et d’Andrafialava furent les pionnières de cette approche, elles ne sont plus seules. C’est devenu une dynamique qui a fait tache d’huile, puisque 12 autres écoles se sont jointes au mouvement, portant à 14 le nombre d’EPP engagées autour de l’aire protégée d’Andrafiamena Andavakoera.
Dans cette aventure, Fanamby réaffirme son rôle de collaborateur. L’objectif n’est ni d’imposer une vision ni de faire à la place des écoles. Il s’agit plutôt d’œuvrer à leurs côtés pour co-construire avec elles, structurer ensemble les initiatives et réunir les conditions de leur réussite. En conservant cette posture, Fanamby s’assure que ces racines prennent profondément, dessinant ainsi un avenir où les écoles et les communautés locales sont les fiers défenseurs de leur forêt.