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30 avril 2026

À Loky Manambato, la fermeture de la pêche au poulpe est devenue le meilleur investissement des communautés

30 avril 2026

À Loky Manambato, la fermeture de la pêche au poulpe est devenue le meilleur investissement des communautés

Dans l’aire protégée de Loky Manambato, dans le nord de Madagascar, l’ouverture de la pêche au poulpe est devenue un rendez-vous très attendu. Chaque année, elle est plus que la reprise d’une activité économique. Elle vient confirmer, aux yeux des pêcheurs, qu’en laissant la mer respirer, les communautés ont tout à y gagner.

Il y a encore quelques années, l’idée de fermer temporairement la pêche au poulpe suscitait de fortes résistances. Pour beaucoup, il était difficile d’accepter de renoncer, même pour quelques mois, à une ressource dont dépendaient directement les revenus du ménage. Aujourd’hui, le regard a changé.

À Loky Manambato, nombreux sont les pêcheurs qui voient désormais dans cette fermeture l’un des meilleurs investissements collectifs qu’ils n’aient jamais faits. Comme chaque année, cette ouverture a eu lieu au mois de mars. Mais la date n’a pas été fixée d’en haut. Elle a été fixée au terme d’une réunion entre les fédérations de pêcheurs, signe d’une gouvernance de plus en plus locale et concertée.

Laisser du temps à la ressource de se renouveler

Dans la région de SAVA, la pêche au poulpe est fermée deux fois par an : une première fois de décembre à mars, puis une seconde de juin à juillet. L’objectif est de laisser aux poulpes le temps de croître et de se reproduire.

Le principe est assez simple. Le poulpe est une espèce à croissance rapide. En quelques mois, sa taille et son poids augmentent fortement. Son cycle de vie courte, entre 12 et 18 mois en moyenne, rend les périodes de fermeture particulièrement efficaces. En suspendant la pêche pendant ces moments clés, les communautés permettent à la ressource de se renouveler rapidement.

Autrement dit, quelques mois d’attente permettent d’augmenter le poids des poulpes, et ainsi les revenus.

Renoncer temporairement à la pêche est donc devenu le meilleur investissement des communautés.

Ce qui a changé en quelques années

Il y a encore cinq ans, la situation était bien différente. Les stocks halieutiques étaient en baisse, les captures devenaient plus maigres, et les pêcheurs devaient s’éloigner toujours davantage pour espérer ramener assez de poissons ou de poulpes.

« Avant, il nous fallait aller très loin en mer pour trouver du poisson. Aujourd’hui, même sur la rive, on capture assez pour la journée », explique un pêcheur du village d’Ambavarano.

Pour le poulpe aussi, les signes d’épuisement étaient visibles. Les prises étaient plus petites, de moins bonne qualité, et donc moins bien payées. Le kilo se vendait alors autour de 5 000 ariary, enfermant de nombreuses familles dans un cercle vicieux : pêcher davantage pour gagner peu, au risque d’épuiser encore davantage les stocks.

À l’époque, les fermetures de pêche étaient décidées par la Direction régionale de la pêche et de l’économie bleue (DRPEB). Mais sur le terrain, elles étaient peu respectées. Faute d’appropriation, la règle restait extérieure aux communautés.

Une conservation qui a du sens car elle sert les communautés

Le changement s’est construit progressivement. Les communautés ont d’abord été sensibilisées à la raréfaction des ressources et aux risques d’épuisement des stocks. Puis, au fil des échanges, des formations et d’un travail de proximité mené sur la durée, elles ont commencé à faire le lien entre la protection de la ressource et l’amélioration des revenus.

C’est dans ce travail d’accompagnement que Fanamby a le plus joué son rôle, facilitant le dialogue, renforçant les organisations locales, fédérant les pêcheurs, et les aidant à s’approprier des règles. Désormais, les communautés ne sont plus seulement appelées à suivre des consignes. Elles participent à la définition des périodes de fermeture, à leur mise en œuvre et à leur surveillance.

Les résultats se voient clairement cette année, dans les chiffres comme dans les foyers :

  • Le prix du kilo de poulpe est passé de 5 000 à 8 000 ariary, soit une hausse de 60 %, atteignant même parfois 10 000 ariary.
  • Dès les premiers jours d’ouverture, les captures peuvent dépasser les 10 tonnes.
  • Un pêcheur peut ramener jusqu’à 50 kilos dans la journée. Les femmes et les enfants, eux, capturent en moyenne 20 à 30 kilos. Pour beaucoup de familles, ces revenus permettent de faire face aux dépenses courantes, mais aussi de lancer ou de soutenir d’autres activités.

Les comportements se modifient aussi peu à peu. À mesure qu’ils comprennent que l’état des récifs et des coraux a un impact direct sur leurs captures, les pêcheurs adoptent progressivement des pratiques plus responsables. La fermeture de la pêche n’est plus seulement perçue comme une règle à respecter, elle permet aussi de mieux comprendre pourquoi la protection du milieu marin est essentielle au quotidien.

Des défis à surmonter collectivement

Malgré les progrès, tout n’est pas encore réglé. L’un des principaux défis reste la gestion des pêcheurs migrants. Certaines communautés venues d’autres localités ne connaissent pas toujours les règles mises en place localement, ou ne les respectent pas. Cela fragilise un système construit patiemment depuis plusieurs années.

La précarité économique reste aussi une réalité pour certaines familles. Pendant les périodes de fermeture, il peut être difficile de tenir quand les revenus baissent. À cela s’ajoutent l’augmentation de la population et la forte dépendance aux ressources naturelles, qui restent très sollicitées.

Mais là encore, les réponses se cherchent d’abord sur place. Ces questions sont discutées lors des réunions des fédérations de pêcheurs, avec les communautés, les services techniques et les autorités concernées. Peu à peu, les pêcheurs prennent leur place dans la décision, la régulation et la gestion collective de leurs ressources.

Une stratégie de gestion communautaire

Cette fermeture de la pêche au poulpe ne fonctionne pas seule. Elle fait partie d’un travail plus large de gestion communautaire des ressources marines à Loky Manambato. L’objectif est de faire avancer ensemble la conservation et le développement, pour que les communautés puissent en voir les bénéfices concrets.

Par exemple, Fanamby a également accompagné les fédérations de pêcheurs dans la mise en place de Tahirin-daoko, des réserves de pêches gérées localement. Dans ces zones de non-prélèvement, la ressource est laissée au repos afin de favoriser sa régénération. Ces réserves jouent aussi un rôle de filet de sécurité pour les communautés en cas de cyclone, de choc soudain ou de période de soudure.

Autre pilier de cette dynamique : le leadership fémininAujourd’hui, 75 % des 2 000 hectares de mangroves de l’aire protégée sont gérés par des associations de femmes. À travers des formations au leadership, à la gouvernance, à la gestion de fonds et à la gestion durable des ressources, Fanamby a contribué à faire émerger des groupes de femmes mieux organisés, plus visibles, et de plus en plus engagés dans la vie communautaire.

Petit à petit, c’est donc toute une manière de gérer les ressources qui se met en place : plus locale, plus collective, et plus ancrée dans les valeurs locales. Une manière de protéger la nature tout en soutenant les communautés et l’économie locale.

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