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14 août 2026

Des champs de vanille aux groupes d’épargne : comment une initiative locale est devenue un modèle de développement pour l’Analanjirofo

14 août 2026

Des champs de vanille aux groupes d’épargne : comment une initiative locale est devenue un modèle de développement pour l’Analanjirofo

L’Analanjirofo signifie littéralement « la forêt des girofliers ». Pourtant, aujourd’hui, c’est la vanille qui façonne une grande partie de l’économie de cette région de l’est de Madagascar. Longtemps restée dans l’ombre de la SAVA, berceau historique de la vanille malgache, l’Analanjirofo s’est progressivement imposée comme un territoire capable de produire une vanille de qualité tout en préservant ses ressources naturelles. Derrière cette transformation se cache une conviction : protéger les forêts passe par des communautés plus résilientes.

Cette vision a conduit Fanamby et ses partenaires à aller bien au-delà de la seule production agricole. Structuration des producteurs, accompagnement des femmes, création d’associations villageoises d’épargne, développement d’activités génératrices de revenus… Au fil des années, ces initiatives ont profondément transformé le quotidien de nombreuses familles. Aujourd’hui, leur succès dépasse le cadre du projet initial et place Fanamby au cœur d’une nouvelle dynamique : coordonner le développement des VSLA au niveau de plusieurs ménages bénéficiaires de la région d’Analanjirofo.

Faire émerger une nouvelle filière vanille

Pendant longtemps, lorsque l’on parlait de vanille à Madagascar, tous les regards se tournaient vers la région SAVA. C’était là que se concentraient la production, les savoir-faire et les marchés. À côté, l’Analanjirofo restait un territoire au potentiel largement sous-exploité. Pourtant, les conditions naturelles étaient réunies. Il manquait surtout une véritable structuration de la filière.

C’est dans cette perspective que le fonds d’investissement Livelihoods a lancé un programme visant à développer une filière vanille durable dans la région. L’objectif n’était pas seulement d’augmenter la production, mais de construire une chaîne d’approvisionnement capable de répondre aux exigences des marchés internationaux tout en améliorant durablement les revenus des producteurs.

Pour y parvenir, Livelihoods s’est appuyé sur deux partenaires complémentaires.

Le Missouri Botanical Garden (MBG), gestionnaire de l’aire protégée de Pointe à Larée, apportait son expertise en matière de conservation. Fanamby, de son côté, mettait à profit une expérience déjà éprouvée dans le développement de filières durables grâce au modèle Sahanala, qui avait démontré qu’il était possible de concilier développement économique des communautés rurales et préservation de la biodiversité. Une entreprise sociale, Tambatra, a également été créée pour assurer la commercialisation de la vanille et travailler directement avec les associations de producteurs.

Sur le terrain, le travail de Fanamby consistait à accompagner les producteurs vers des pratiques répondant aux standards internationaux : améliorer la qualité de la production, structurer les organisations paysannes, renforcer leurs capacités et, surtout, encourager l’abandon progressif de la culture de vanille sous couvert de forêts primaires, au profit de systèmes de production plus durables et plus rentables.

Ce changement n’était pas seulement agricole. Il s’agissait de démontrer qu’un meilleur revenu pouvait aussi devenir un allié de la conservation.

Penser au ménage, pas seulement au producteur

Très vite, une évidence s’est pourtant révélée. Les producteurs de vanille étaient majoritairement des hommes. Pourtant, l’équilibre économique des ménages reposait sur toute la famille. Si l’on voulait renforcer durablement les revenus des foyers, il fallait également créer des opportunités pour les femmes.

Fanamby a alors développé plusieurs initiatives complémentaires, notamment des activités de maraîchage et la création d’Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit, plus connues sous leur acronyme anglais : VSLA.

Le principe est simple. Les membres d’un groupe se réunissent régulièrement pour constituer une épargne commune. Cette caisse permet ensuite d’accorder de petits prêts aux membres afin de financer leurs projets ou de faire face aux dépenses du quotidien. Les intérêts générés reviennent au groupe lui-même, renforçant progressivement sa capacité d’épargne.

Au départ, cette activité n’était qu’un volet parmi d’autres du projet. Personne n’imaginait qu’elle deviendrait l’une de ses plus grandes réussites. Aujourd’hui, vingt associations VSLA sont actives à Fénérive Est. Elles regroupent une majorité de femmes, qui utilisent cette épargne pour transformer progressivement leur quotidien.

Certaines ont pu payer les frais de scolarité de leurs enfants. D’autres ont développé leurs parcelles agricoles afin d’augmenter leur production. Certaines ont investi dans du matériel de pêche, ouvrant de nouvelles perspectives économiques à leur famille. D’autres encore ont construit leur maison.

Et parfois, le changement prend une forme beaucoup plus discrète, mais tout aussi révélatrice : acheter un matelas. En milieu rural, un matelas représente bien davantage qu’un objet de confort. C’est le signe qu’un foyer dispose enfin d’une marge de sécurité, qu’il peut investir dans sa qualité de vie sans craindre le lendemain.

Ces histoires rappellent que le développement ne se mesure pas uniquement en tonnes produites ou en revenus supplémentaires. Il se lit aussi dans les petites améliorations qui redonnent aux familles la possibilité de se projeter dans l’avenir.

Quand le développement devient un outil de conservation

Les effets de cette approche dépassent aujourd’hui largement la seule économie familiale.

En renforçant les revenus des ménages grâce à la vanille, au maraîchage ou aux VSLA, les communautés deviennent moins dépendantes des ressources forestières pour faire face aux difficultés économiques. À Pointe à Larée, cette évolution s’est traduite par une baisse importante des coupes illicites et par une diminution spectaculaire des feux de forêt.

Bien sûr, ces résultats sont le fruit d’un travail collectif porté par l’ensemble des partenaires du projet. Mais ils illustrent une conviction profonde de Fanamby : la conservation ne peut produire des résultats durables que lorsqu’elle améliore aussi les conditions de vie des populations qui vivent autour des aires protégées.

Ce modèle, déjà expérimenté avec succès dans d’autres territoires, démontre une nouvelle fois que développement économique et préservation de la biodiversité ne s’opposent pas. Ils se renforcent mutuellement.

Une réussite qui appelle désormais à être coordonnée

Le succès des VSLA à Fénérive Est n’est pas passé inaperçu. À mesure que ces groupes démontrent leur efficacité, de nouvelles organisations développent des initiatives similaires dans différentes régions de Madagascar.

Cette dynamique est une excellente nouvelle. Mais elle pose également un nouveau défi : comment faire en sorte que tous les promoteurs travaillent de manière complémentaire, sans multiplier les interventions auprès des mêmes communautés ni créer des approches divergentes ?

C’est précisément pour répondre à cette question que le Réseau des Promoteurs de Groupes d’Épargne à Madagascar (RPGEM) renforce aujourd’hui son rôle de coordination.

Lors de son Assemblée Générale organisée en juin dernier, les membres du réseau sont revenus sur la charte de coordination afin d’en rappeler les principes et les modalités d’application. Cette rencontre a également permis de renforcer le code de déontologie du réseau et de mettre en place des clusters régionaux destinés à favoriser les échanges entre promoteurs présents sur un même territoire. Dans cette organisation, Fanamby fait partie intégrante depuis avril 2026 du cluster Analanjirofo.

Cette responsabilité s’inscrit naturellement dans le prolongement du travail mené depuis plusieurs années dans la région. Grâce à son expérience de terrain et à l’accompagnement de vingt associations VSLA, Fanamby contribue désormais à rapprocher les différents acteurs, partager les bonnes pratiques, identifier les besoins communs et construire une vision collective du développement des VSLA dans la région.

Autrement dit, après avoir accompagné la structuration des communautés, Fanamby participe désormais à la structuration de l’ensemble de l’écosystème qui les accompagne.

Une réussite qui dépasse les frontières d’un projet

À l’origine, les VSLA n’étaient qu’un outil parmi d’autres pour renforcer la résilience économique des familles engagées dans une filière vanille durable. Quelques années plus tard, elles sont devenues bien davantage.

Elles ont permis à des centaines de femmes d’investir dans leur avenir, renforcé l’économie locale, contribué à réduire les pressions exercées sur les forêts et inspiré une nouvelle manière de coordonner les acteurs du développement dans la région.

Cette évolution raconte finalement quelque chose de plus profond que la réussite d’un projet. Elle montre qu’une filière agricole peut devenir un levier de transformation territoriale lorsqu’elle s’accompagne d’une vision globale, où producteurs, familles, communautés, entreprises sociales et organisations travaillent ensemble.

Dans une région longtemps restée à l’écart des grandes filières vanille de Madagascar, l’Analanjirofo n’a plus à rougir de son parcours. Elle démontre aujourd’hui qu’en investissant dans les communautés autant que dans les cultures, il est possible de bâtir une économie plus solide, des forêts mieux préservées et un modèle dont d’autres territoires peuvent désormais s’inspirer.

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