Dans l’Aire Protégée d’Andrafiamena-Andavakoera, les feux de brousse restent l’une des principales menaces pour les forêts et les espèces qui y vivent, notamment le Propithèque de Perrier, un lémurien endémique du nord de Madagascar. Depuis 2022, les brigades vertes mobilisent les communautés riveraines pour prévenir les incendies, intervenir rapidement sur le terrain et sensibiliser leurs voisins. Une initiative qui montre qu’une conservation durable se construit avant tout avec celles et ceux qui vivent au plus près de la forêt.

Chaque année, la saison sèche apporte son lot de fumées. Derrière ces colonnes grises se cachent des feux de brousse qui, en quelques heures, peuvent réduire en cendres des hectares de forêt. Souvent, ces incendies trouvent leur origine dans des pratiques agricoles mal maîtrisées ou dans des fours à charbon installés sans contrôle. Ils détruisent des habitats naturels, fragilisent des écosystèmes déjà vulnérables et menacent des espèces emblématiques de la région, comme le Propithèque de Perrier (Propithecus perrieri).
Dans une aire protégée aussi vaste qu’Andrafiamena-Andavakoera, la protection des forêts ne peut reposer uniquement sur les gestionnaires ou les autorités. Les premiers à voir la fumée s’élever sont bien souvent les habitants des villages voisins. C’est de cette évidence qu’est née, en 2022, l’initiative des brigades vertes.
Un dispositif de proximité
Une brigade verte est une équipe de volontaires issus des communautés locales, formés pour contribuer activement à la protection des ressources naturelles. Leur mission repose sur un double rôle : prévenir les incendies grâce à une présence permanente sur le terrain et intervenir rapidement lorsqu’un départ de feu est détecté.
Parce qu’ils vivent au plus près de la forêt, ces volontaires connaissent les sentiers, les points sensibles et les habitudes de leur territoire. Cette proximité leur permet d’agir avec une rapidité qu’aucun dispositif extérieur ne pourrait égaler.
Mais leur rôle dépasse largement la lutte contre les flammes. Ils contribuent aussi à faire évoluer les pratiques et à installer une véritable culture de prévention au sein des villages.


Prévenir avant d’éteindre
La lutte contre les feux de brousse commence bien avant qu’une étincelle n’apparaisse. Tout au long de l’année, les brigades vertes mènent des actions complémentaires qui visent à réduire les risques d’incendie et à renforcer la vigilance des communautés.
Leurs missions comprennent notamment :
- des patrouilles régulières dans les secteurs les plus exposés aux incendies
- la sensibilisation des communautés, en particulier des agriculteurs et des producteurs de charbon, sur les risques liés aux feux de brousse, les règles de gestion de l’aire protégée et les bonnes pratiques à adopter
- des actions d’éducation environnementale auprès des habitants
- la détection précoce des départs de feu, l’alerte rapide des autorités compétentes et la participation active aux opérations de lutte contre les incendies
- un appui aux forces de l’ordre en cas de flagrants délits liés aux infractions environnementales
- la participation à la redynamisation des KMDT (Komity Miady amin’ny Doro Tanety), les comités locaux de lutte contre les feux, afin d’améliorer l’organisation communautaire face aux risques.
Cette présence régulière transforme progressivement la protection de la forêt en une responsabilité partagée. Une vigilance collective s’installe, où chacun devient un acteur de la prévention.

Des interventions ciblées dans les zones les plus vulnérables
Les brigades vertes concentrent leurs actions dans huit fokontany identifiés comme les plus exposés aux incendies : Andrevokely, Mahamasina, Andrafiabe, Matsaborimanga, Antsohihy-Ambany, Andrafialava, Antanamivony et Ambararata.
Ces localités constituent des zones prioritaires où les risques de départ de feu sont particulièrement élevés. La présence permanente des brigades permet d’intervenir rapidement avant que les flammes ne gagnent les massifs forestiers les plus sensibles.

Une mobilisation collective
Le fonctionnement des brigades vertes repose sur une collaboration étroite entre plusieurs acteurs. Les communautés locales en constituent le cœur, mais elles agissent aux côtés des communes et des fokontany, des gestionnaires de l’aire protégée (Fanamby), de la Direction Régionale de l’Environnement et du Développement Durable (DREDD), des forces de l’ordre — gendarmerie et militaires — ainsi que des KMDT.
Cette coordination facilite les échanges d’informations, accélère les interventions lorsque des incendies sont signalés et renforce l’application des règles de gestion de l’aire protégée.

Des résultats mesurables
Depuis leur création en 2022, les brigades vertes ont progressivement renforcé la capacité des communautés à protéger leur territoire.
Leur action se traduit notamment par :
- une augmentation des alertes précoces lors des départs de feu
- une participation accrue des populations aux opérations de lutte contre les incendies
- une meilleure collaboration avec les autorités pour signaler les infractions environnementales
- un renforcement du respect des règles de gestion de l’aire protégée
- une réduction des points de feu dans plusieurs zones particulièrement sensibles.
Au-delà de ces résultats, les actions de sensibilisation ont favorisé une meilleure compréhension des conséquences des feux de brousse sur les ressources naturelles dont dépendent directement les communautés. Dans plusieurs villages, les comportements évoluent progressivement et la prévention devient un réflexe partagé.

Une responsabilité qui se construit ensemble
Les défis restent nombreux. Les cultures sur brûlis et la production de charbon continuent d’alimenter les risques d’incendie, rappelant que la protection des forêts est un effort de longue haleine.
Pourtant, les brigades vertes démontrent déjà qu’une conservation efficace ne repose pas uniquement sur des moyens techniques ou sur l’action des institutions. Elle s’appuie avant tout sur des femmes et des hommes qui choisissent de protéger le territoire où ils vivent.
En faisant des communautés la première ligne de défense de leur patrimoine naturel, les brigades vertes sont devenues un levier essentiel de la conservation à Andrafiamena-Andavakoera. Elles rappellent que préserver durablement la biodiversité est avant tout une responsabilité partagée.
